La politique économique de Napoléon

Napoléon se tenait informé au jour le jour, sinon de la situation économique, du moins de celle des affaires. Les ministres des Finances (Gaudin) et du Trésor (Barbé-Marbois puis Mollien) le voyaient plusieurs fois par semaine. Ils lui soumettaient des rapports ou répondaient par écrit aux questions qu’il leur posait.
Par Thierry Lentz. Directeur de la Fondation Napoléon.

On sait, notamment grâce aux travaux de Pierre Branda, que Napoléon se passionnait pour les questions financières, exigeant un rapport quotidien sur la situation de la trésorerie, ne dédaignant pas de se plonger dans les tableaux de chiffres et de prendre des décisions dans ce domaine. Il souhaitait en outre être tenu informé du prix des principales denrées, de la qualité des récoltes, des difficultés de certaines entreprises ou du déroulement de la journée boursière. Une partie du bulletin de Police lui rendait compte des événements socio-économiques les plus remarquables. Sans les fréquenter vraiment ni avoir une totale confiance en eux, il rencontrait en outre des hommes d’affaires ou des banquiers. Il visitait parfois des installations « industrielles » et créa, en 1812, un ministère des Manufactures et du Commerce qui passe parfois pour avoir été le premier ministère de l’Économie de notre histoire, ce qui est exagéré.Quelles conclusions l’Empereur tirait-il des informations qui arrivaient dans son cabinet ou qu’il obtenait sur le terrain ? Avait-il une politique économique digne de ce nom ? Était-il libéral ou interventionniste ? Les réponses à ces questions ne peuvent qu’être prudentes et contrastées.

Pour se faire une idée des grandes lignes de la politique économique de l’État napoléonien, on doit d’abord faire la chasse à l’anachronisme. L’époque ne connaissait pas l’affrontement idéologique entre les tenants du «plus d’État» et du «moins d’État». Ce débat naissant restait encore confiné dans des cercles restreints. Il ne visait pas à poser des «choix de société». Les principales questions d’aujourd’hui (chômage, mondialisation, inflation, croissance, etc.) n’étaient pas celles qui tourmentaient les esprits des gouvernants, en tout cas pas dans les mêmes termes. Les questions économiques et sociales n’étaient pas au coeur du débat public, la culture économique moyenne des citoyens étant très inférieure à celle de nos contemporains. Les aspects sociaux de la politique économique, sans être négligés, n’étaient pas au centre des préoccupations. Pour l’Empereur, les questions financières étaient cruciales (elles l’ont toujours été) et la politique n’était nullement subordonnée à l’économie comme on le dit acquis à présent. C’était même tout l’inverse et Napoléon a sa place dans la longue lignée des créateurs de l’idée « française » selon laquelle l’État peut et doit même s’ingérer à tous les niveaux dans l’activité, comme arbitre mais aussi, le cas échéant, comme acteur.
Parce qu’ils demeuraient mal connus, les mécanismes économiques n’étaient pas, sauf rares exceptions, à la base de la pensée politique. Les économistes eux-mêmes pensaient que leur science embrassait un périmètre plus large que l’économie : elle était morale et politique.

Un interventionnisme réel mais limité

Donc, Napoléon ne refusait pas d’intervenir dans l’économie – notamment par le développement de la dépense publique – mais seulement dans les matières pouvant affecter la puissance ou la confiance en l’État et le maintien de l’ordre public. […]

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